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François Pantillon est né
à La Chaux-de-Fonds, ville horlogère du
Jura suisse, en 1928. Il commence ses études musicales
avec son père. A 17 ans, encore élève
du gymnase, il dirige ses premiers chœurs. A 20 ans,
diplômé de la Société Suisse
de Pédagogie musicale, il se rend au Conservatoire
Royal de Bruxelles, centre de la célèbre
"Ecole belge du violon", où il poursuit
ses études durant cinq ans. Ses maîtres sont
Carlo van Neste (violon), Francis de Bourguignon (harmonie
et contrepoint), Jean Absil (fugue), René Defossez
(direction d'orchestre).
En 1950 il reçoit un premier prix
avec distinction en classe d’harmonie, l’année
suivante un premier prix de contrepoint et en 1952 un
premier prix de violon avec le «Prix van Dam»,
un archet de valeur, attribué au lauréat
«premier nommé». A cette occasion le
célèbre violoniste Arthur Grumiaux, membre
du jury, relève les qualités stylistiques
remarquables de François Pantillon dans l’interprétation
d’une Partita de J.-S. Bach. Une année plus
tard, après avoir dirigé une répétition
de l’Orchestre National de Belgique et dirigé
de mémoire une dizaine d’œuvres symphoniques,
il est récompensé par l’obtention
du «Diplôme de direction d’orchestre».
Remarquons ici que durant ses années
bruxelloises, François Pantillon a bénéficié
d'une culture particulièrement riche et de la qualité
d'une institution qui, après la guerre, avait la
réputation d'être celle, en Europe, qui s'était
relevée le plus rapidement. C'est peut-être
de cette période que date l'éclectisme de
l'étudiant, qui ne paraît pas la moindre
de ses qualités d'artiste.
Pendant les années suivantes il
suivra des cours de direction auprès de Paul van
Kempen à l'Accademia Chigi di Siena et de Franco
Ferrara à Hilversum. Aux Musikfestwochen de Lucerne
en 1956 il est appelé en tant que violon solo de
l'Orchestre de Jeunes du cours Herbert von Karajan. Il
reçoit l’éloge du Maître pour
son interprétation du solo de la Symphonie No 1
de Brahms. En outre par faveur spéciale il dirige
l’orchestre et est finalement choisi, ainsi que
cinq camarades parmi la trentaine de participants venant
de plusieurs continents, pour prendre part au concert
final et conduire l'Orchestre Suisse du Festival dans
L’Oiseau de Feu de Strawinsky.
| Une
activité professionnelle de chef d'orchestre
et de chef de chœurs |
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De 1951 à 1954 François
Pantillon occupe son premier pupitre de direction, celui
de chef de l'Orchestre Symphonique de l'Université
Libre de Bruxelles. Il y dirigera entre autres un concert
en l’honneur de la Reine Elisabeth de Belgique.
De retour en Suisse il accepte de prendre la responsabilité
de l'Orchestre de chambre romand de Berne (1955-1969).
Il fonde à cette époque l'orchestre à
cordes professionnel " Cappella Bernensis "
avec lequel il aura une intense activité en Suisse
et à l'étranger (Festival delle Nazioni
di Città di Castello, Festival Estival de Paris,
Festival de Primavera de Las Palmas – Canaries –,
Festival Bach de Madrid, etc.)
Devant 40 candidats et sur concours,
il est nommé en 1972 directeur artistique et chef
de l'Orchestre symphonique de la Ville de Thoune. Pendant
25 ans il y dirigera plus de 200 concerts et donnera à
l'ensemble une impulsion réjouissante. Il instituera
une collaboration régulière avec des solistes
de premier plan, par exemple Ricardo Odnoposoff, Jean-Jacques
Kantorov, François-Joël Thiollier, Harry Datyner,
Pierre Fournier, Bruno Giuranna, Dong-Suk Kang, Aurèle
Nicolet, Misha Maisky, Franco Gulli, Ulf Hoelscher et
avant tout Alexandre Dubach, l’enfant prodige de
Thoune promis à une carrière internationale.
Il tient la baguette comme chef invité
de nombreuses formations philharmoniques en Suisse, Belgique,
France, Italie, Pologne. Il se rend chaque année
dans ce pays de 1972 à 1988 pour y diriger des
concerts symphoniques dans les différentes Philharmonies.
A Wroclaw, au festival international "Wratislawia
Cantans" il donne les premières auditions
polonaises du Te Deum de Sutermeister, de Une cantate
de Noël de Honegger, du Stabat Mater de Poulenc et
de son propre oratorio Clameurs du Monde. Il a aussi l'honneur
de diriger des concerts à Londres au Royal Festival
Hall avec le Royal Philharmonic Orchestra et le New Philharmonia.
De 1970 à 1972 le Théâtre de Berne
lui confie plusieurs spectacles d'opéra à
diriger (Othello, Rigoletto).
Ses premiers chœurs sont ceux de
Vallorbe et du Sentier en terre vaudoise (1954 à
1967). En collaboration avec l'Orchestre de la Suisse
romande ces chanteurs émérites et leur jeune
chef font des concerts remarqués à la Cathédrale
de Lausanne et au Victoria Hall de Genève. Relevons
ceux de 1967 avec la première suisse du Gloria
de Poulenc (Soliste : Rita Streich de l'Opéra de
Vienne).
Il faut dire que 4 ans auparavant il
avait déjà fait sensation avec ses choeurs
bernois dans une cathédrale de Lausanne pleine
jusqu’au dernier banc. Il s’agissait de l’exécution
du Messie de Haendel, en faveur de Terre des Hommes, que
le critique bien connu, J.-Cl. Jaccard commentait le 17.06.63
de la façon suivante dans la Feuille d’Avis
de Lausanne: «Il n’est pas facile, au lendemain
d’un concert qui restera dans les mémoires
comme l’une des plus saisissantes exécutions
du « Messie », peut-être la plus belle
que nous ayons entendue en Suisse depuis longtemps, de
résumer ses impressions tant elles se confondent
en un immense sentiment de gratitude envers le chef et
ses interprètes… Encore fallait-il s’emparer
de cette grandeur et la faire partager. François
Pantillon s’y est pris d’une façon
inoubliable. Voilà un grand chef d’oratorio
auquel son jeune âge communique l’enthousiasme
le plus pur, au service d’une maîtrise peu
commune de la matière chorale, maîtrise d’autant
plus étonnante qu’il s’agissait de
traiter un ouvrage d’une durée de près
de trois heures. On imagine difficilement
l’effort fourni par les chanteurs et musiciens.
La victoire était à ce prix, mais alors
quelle victoire! Chantant par cœur toute la partition,
formant un bloc impressionnant de deux cents voix d’une
fermeté et d’une unité parfaites,
mais aussi d’une souplesse idéale…
cette masse fut un instrument d’une sécurité
absolue dans les mains de celui qui l’avait si bien
préparée…»
Dès 1958 il prend la responsabilité
du Chœur Symphonique de Bienne et quelques années
plus tard de l'ensemble alémanique Liedertafel-Concordia.
Avec le concours de l'Orchestre Symphonique de Bienne
ces deux chœurs donneront chaque année ensemble
ou séparément une grande partie des répertoires
baroque, classique, romantique et moderne. Il en fait
de même à Berne dès 1965 avec le Chœur
Pro Arte, le Berner Männerchor et l'Orchestre Symphonique
de Berne. Dans les deux villes des solistes comme Maria
Stader, Agnès Giebel, Heather Harper, Stefania
Woytowicz, Marga Höffgen, Norma Lerer, Ernst Haefliger,
Nicolaï Gedda, Boris Carmeli, Hermann Prey, etc.
sont engagés. A Bienne quelques productions sortent
du lot : Boris Godounov de Moussorgsky en concert avec
Kim Borg (1969), Le Paradis et la Péri de Schumann
au Festival International de Wratislawia Cantans à
Wroclaw (Pologne) (1982), la Grande Messe en ut mineur
de Mozart et le Gloria de Poulenc avec Barbara Hendricks
(1988), Jeanne d'Arc au bûcher de Honegger avec
Brigitte Fossey et Philippe Laudenbach (1999).
A Berne c’est la version exceptionnelle
de la Missa Solemnis de Beethoven en 1971 à la
Cathédrale avec les solistes Stefania Woytowitz,
Marga Höffgen, Ernst Häfliger et Boris Carmeli,
un chœur de 200 chanteurs et l’Orchestre de
Berne, qui reste dans toutes les mémoires. Le concert
donné à Londres la même année
est aussi à marquer d’une pierre blanche.
Dans un Royal Festival Hall archi bondé le «
Berne Choir » collabore avec le Royal Phiharmonic
Orchestra et donne en première audition anglaise
le Requiem de Sutermeister ainsi que la Messe en do de
Beethoven. The Daily Telegraph dans sa critique cite «...
and they were conducted by their own excellent director,
François Pantillon». Il devient ainsi un
véritable spécialiste des grands chœurs
et des exécutions d’oratorio. Il dirige d’ailleurs
toutes ces œuvres sans partition. Il institue dès
lors la tradition des Concerts du jour des morts (troisième
dimanche de novembre), dans la cathédrale de Berne,
tradition qui se perpétue jusqu’à
ce jour, 40 ans plus tard! Il poursuit aussi celle de
présenter tous les 10 ans la Grande Messe des Morts
de Berlioz, œuvre titanesque avec ses quatre ensembles
de cuivre disséminés dans la nef et d’énormes
chœurs et orchestre. Il dirigera cette œuvre
en 2007 pour la quatrième fois et à l’occasion
de son 80e anniversaire!
A Neuchâtel de 1965 à 1995
François Pantillon portera la Société
chorale à ses plus hauts sommets dans un large
répertoire d'oratorio accompagné soit par
l'Orchestre de la Suisse Romande, soit par les orchestres
symphoniques de Radio-Bâle ou de Bienne. Notons
la présence de Joszef Reti dans le Requiem de Verdi
en 1969 et de Krisztina Laki et Martin Egel dans le Requiem
allemand de Brahms en 1976. A ce propos la Feuille d’avis
de Neuchâtel publiait un compte-rendu de Louis de
Marval, critique et pianiste bien connu, qui écrivait
: « L’œuvre de Brahms est sans doute
une des plus difficiles à mettre au point, son
style soutenu, ses amples lignes mélodiques, l’intime
fusion du chœur et de l’orchestre n’autorisant
aucune faiblesse. C’est assez dire que nous avons
apprécié une fois de plus la parfaite musicalité,
l’égale compétence face aux choristes
ou aux musiciens d’orchestre d’un chef comme
François Pantillon. Son interprétation intelligente
et nuancée devait mettre en valeur les plus subtiles
correspondances entre le texte et le langage musical.
» Il y eu aussi les exécutions du Nicolas
de Flue (en présence de Denis de Rougemont) (1977)
et du Roi David de Honegger (1987), de In Terra Pax de
Frank Martin (1990) et du Service Sacré de Ernest
Bloch (1993), de Clameurs du Monde à Milan (1995).
Avec le Berner Vokalensemble, chœur
d'élite formé de 25 chanteurs, qu'il conduit
depuis 1968, Pantillon a aussi une activité remarquable:
1er prix des Rencontres chorales internationales de Montreux
(1981), des centaines de concerts en Suisse et à
l'étranger. En particulier deux concerts-récitals
avec Teresa Berganza en 1989 à Berne et Bienne
et de nombreuses premières auditions des œuvres
de leur chef.
En 1979 le Canton de Berne décerne
à François Pantillon le Prix de musique
pour l'ensemble de son œuvre.
Les premières compositions de
François Pantillon remontent à l’année
1957. La Chorale de Vallorbe lui commande un Jeu lyrique
pour solistes, chœur d'enfants, chœur mixte
et petit orchestre. Il écrit alors sur un texte
de Maurice Budry LE JEU DE MATHURIN, qui a un succès
régional considérable. Plusieurs des chansons
de ce tableau populaire, ainsi que toutes celles qu'il
écrit par la suite pendant des années, entrent
au répertoire des chœurs romands. Il ne se
veut pas compositeur, mais écrit pour faire plaisir.
Il participe aussi à plusieurs concours de composition
et est lauréat de la Société fédérale
de chant et de cinq concours anonymes de " Cantonales
", où il reçoit partout des premiers
prix.
Il aspire cependant à créer
des œuvres plus élaborées et sa première
tentative de musique instrumentale est VISIONES (1969),
tryptique pour orgue concertant, cordes et percussion,
qui fait une grande impression à Berne, Bâle,
Lausanne et Thoune où il est exécuté.
Cela l'encourage à accepter la commande de la Société
Cantonale des Chanteurs Bernois pour la création
d'un oratorio profane. Il écrit alors CLAMEURS
DU MONDE (1986). Cette œuvre, pour citer l'auteur
" l'introduit dans une période créatrice
personnelle, qui ne devait plus cesser, et dans laquelle
son langage se libérait des procédés
et formes académiques ". Cette partition suscite
un immense enthousiasme dans le grand public et dans la
presse. Le Prof. Dr. Kurt Pahlen de Vienne et Zürich,
l'inscrit dans son encyclopédie musicale Oratorien
der Welt. La TSR la met au programme du grand rassemblement
culturel romand " Miroir 86 ". Les Concerts-Club
de Zurich voulant mettre en valeur la musique suisse à
l'occasion du jubilé de la Confédération
(1291-1991) choisissent Les Laudi de Hermann Suter pour
la première moitié du siècle et CLAMEURS
DU MONDE pour les temps modernes. Ils en font une production
modèle, qui est jouée dans les cinq grandes
villes du pays par la Philharmonie slovaque sous la direction
de Olivier Dohnanyi, avec entre autres, parmi les solistes,
la soprano Barbara Hendriks.
La même année le Théâtre
de Berne crée son opéra DIE RICHTERIN sur
un texte de Walter Oberer d'après la nouvelle de
C.F.Meyer. La statistique du Théâtre indique
que c’est le troisième succès de la
saison bernoise après Nabucco et le Rosenkavalier!
(11 représentations).
Viennent ensuite: INSTANTS… cycle
de mélodies, GAUDIUM, sextuor, DAPHNE, cantate
pour chœur de chambre et piano et la MISSA BREVIS
DI SAN PEDRO (tous deux créés par l'Ensemble
Vocal de Berne -1987 à 1989-). Le POEME POUR GRAND
ORGUE (1991) les suit, alors que, deux ans plus tard à
La Chaux-de-Fonds. le TRIO 1029 pour violon, violoncelle
et piano est joué en première audition par
le "Trio Pantillon" formé des neveux
du compositeur. 
Parmi les grandes œuvres de Pantillon,
et selon lui, c'est l'oratorio BETHLEHEM qui est le plus
près de son cœur. Commandée par le
Konzertchor Pro Arte Bern, cette fresque de la vie du
Christ de la naissance à la croix a une première
mondiale remarquée en la cathédrale de Berne
en novembre 1995. Les deux chœurs précités,
la soprano Christa Goetze et l'Orchestre Symphonique de
Bienne en sont les interprètes. 2000 CD en sont
vendus dans les mois suivants dans la région bernoise.
L'œuvre est reprise à Rome en 1997 dans le
cadre du festival " Natale nel Lazio", ainsi
qu'à Bienne et Fribourg (Villars-sur-Glâne)
en 1999 et à la Cathédrale de Genève
en janvier 2000.
En avril de la même année
le Maître Dmitrij Kitajenko présente aux
concerts d'abonnement de l’Orchestre Symphonique
de Berne la SINFONIETTA "Imaginaire couleur de ciel"
de François Pantillon. En novembre cet ensemble,
auquel se joindra le chœur commanditaire Pro Arte
et quatre solistes sous la direction du compositeur, donnent
le TE DEUM 2000 lors du Concert anniversaire du Deuxième
Millénaire en la Cathédrale de Berne: TROIS
TE DEUM (Händel, Bruckner, Pantillon).
En cette même année 2003,
la Bibliothèque Cantonale Universitaire de Fribourg
crée un « Fond François Pantillon
» à l’occasion de son 75e anniversaire
et édite une plaquette intitulée FRANCOIS
PANTILLON COMPOSITEUR, faisant l’inventaire de toute
sa production.
L’année suivante notre compositeur écrit
le poème symphonique HOREB pour grand orchestre.
Il montre la partition au grand chef russe Alexandre Dmitrijev,
directeur de l’Orchestre Symphonique de la Philharmonie
de St Petersbourg, de passage à Neuchâtel.
Celui-ci est enthousiasmé et promet d’en
faire la « première mondiale » avec
son ensemble. Le 8 décembre 2002 François
Pantillon est dans la métropole nordique, où
son œuvre est longuement acclamée. Le chef
lui commande alors un concerto pour orgue et orchestre
qui sera l’objet d’une nouvelle « première
» dans les prochaines années. Avant ce travail,
notre auteur doit encore réaliser le vœu de
D. Kitajenko : écrire une ouverture célébrant
l’amitié des villes de Berne et de St Petersbourg.
Celle-ci fête en 2003 le trois-centième anniversaire
de sa fondation. A cette occasion le chef bernois veut
honorer sa ville natale par un concert open air donné
sur la place de la cathédrale de Berne. L’OUVERTURE
303 est née.
En automne 2006, nouvelle création:
le CONCERTO POUR VIOLON ET ORCHESTRE «LA CLAIRIERE»
(Thuner Violinkonzert) est joué en deux auditions
à ses concerts d’abonnement par l’Orchestre
de la Ville de Thoune, commanditaire de l’œuvre,
avec comme soliste le violoniste Alexandre Dubach, et
sous la direction du compositeur. Il fait une impression
mémorable. Au printemps 2007 ce concerto est repris
avec le même soliste et sous la direction du compositeur,
mais avec l’Orchestre symphonique de Bienne. Quatre
concerts ont lieu à Bienne (2 fois), à Guin/
Fribourg et à La Chaux-de-Fonds. La tournée
est organisée par le Chœur Symphonique de
Bienne, qui interprète le Schicksalslied de Brahms
et Carmina Burana de Orff. Un CD d’excellente qualité
rappelle en live ce moment inoubliable.
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Jean-Louis
Matthey,
Bibliothèque Cantonale Universitaire de Lausanne
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